28.06.2008

Portraits du jour - chronique de Gabriel #17

220_____Kravetz_12.jpgGrand reporter et journaliste de la presse écrite, Marc Kravetz a travaillé du milieu des années 70 jusqu'au milieu des années 90 à Libération. Spécialiste du Proche et Moyen Orient, il collabore à France Culture depuis 2003 où il anime une chronique quotidienne dans les Matins de France Culture, intitulée Portrait du jour. Essentiellement basées sur l'actualité et sur l'oral, ces petites chroniques n'étaient aucunement destinées à être posées sur le papier. Mais voilà qu'une rencontre avec les éditions du Sonneur va faire changer d'avis à cet homme avant tout de l'écrit qu'est Marc Kravetz. Et l'aboutissement de ce projet fait de ce livre une vraie réussite.

Livre qui pourrait se définir comme objet autant que comme texte informatif et littéraire. Petit format compact, ce recueil propose 150 histoires pour un tour du monde (sous-titre du livre), choix large et restreint pour une émission qui en compte environ 600. On se penche au dessus, on déploie les deux rabats de couverture qui nous plonge d'entrée dans un planisphère localisant tous les portraits puis peu à peu on se laisse tomber avec délice dans ces histoires du quotidien, des histoires d'anonymes qui un jour voient leur vie exposée dans la presse et à travers leur(s) singulière(s) expérience(s) nous dévoilent une actualité, une vision du monde, décalée mais toujours à propos, juste. Chaque portrait étant accompagné par une carte  et de trois faits marquants du jour, c'est une plongée dans notre passé récent qui nous remet en situation et nous renseigne sur ce qu'il se passe dans le reste du monde. La verve de Marc Kravetz si l'on prend plaisir à l'écouter le matin, se retrouve dans ces instantanés transcrits dans une écriture fluide et quasi-romanesque à la manière du journalisme anglo-saxon. Des petites histoires pour tenter de raconter la grande. 

Un bonheur à lire. Un livre que l'on prend dans n'importe quel sens. Des portraits d'hommes et de femmes mais aussi d'animaux dures, tendres, féroces, tristes et parfois pleines d'espoir qui nous font voyager dans ce que nous faisons de notre monde et comment il agit sur nous. 

Je tiens à remercier en finissant cette chronique, Marc Kravetz, qui nous a fait le plaisir de venir nous (et vous) rencontrer le vendredi 13 juin. Ce fut un plaisir de discuter avec lui ainsi que de l'écouter. C'est un très bon raconteur d'histoires et pour ceux qui ne le connaîtraient pas, plongez vous dans ce recueil, c'est une petite merveille. Pour ceux qui seraient intéressés ou curieux des éditions du Sonneur je vous donne leur adresse internet, allez voir c'est un super site, http://www.editionsdusonneur.com/.

25.05.2008

Shantaram - chronique de Gabriel #16

371739122.jpgShantaram

Gregory David Roberts

Flammarion

23 € (édition grand format) / 13  € (J'aiLu)

On se demande parfois comment la vie s'accroche à certaines personnes avec autant d'acharnement. A moins que ce soit l'inverse ? Enfin, tout en lisant Shantaram, roman fleuve de plus de 800 pages, véritable quête rédemptrice d'un ancien braqueur de banque héroinomane, et même après avoir tourné la dernière page, je fus littéralement happé par le destin de cet homme, fugitif australien qui débarque à Bombay au début des années 80. Roman en très grande partie autobiographique, Gregory David Roberts a largement évité les écueils dus à ce genre de livre. C'est raconté avec humilité et respect autant pour les personnages qui sont en fait des personnes ayant réellement existé, que pour le lecteur, ce qui ne nous donne pas l'impression que le héros est un fier à bras orgueilleux et/ou que ce roman est une promenade touristique dans le Bombay des années 80. Des bidonvilles d'une mégalopole en expansion en passant par la vie dans un village indien traditionnel, les prisons indiennes, la mafia, le djihad pour finir par être rattrapé en Allemagne, Roberts fait passer son personnage principal par toutes les aventures et mésaventures d'un héros moderne, sans oublier et c'est ce qui fait aussi le charme de ce livre, l'Amitié et l'Amour, les jalons qui lui permettront de rester debout.

Un roman dont  le style n'est pas révolutionnaire mais efficace et encore une fois plein d'humilité, la trame bien ficelée et une construction au suspense haletant qui vous emportera à coup sûr comme il l'a fait avec mo. Un bon, un très bon roman d'été.

Un conseil, lisez Shantaram en grand format, la version poche de J'ai Lu a rétréci la police de caractère ce qui vous donnera à coups sûrs la migraine et  vous fera penser que j'ai éxagéré voir même menti dans cette chronique.

20.05.2008

chronique de Gabriel #15

1629447497.gifLes ensembles contraires, première partie

Kris, Eric T. et Nicoby 

Futuropolis

24 €

9782754801430

Kris a une fâcheuse tendance à me prendre aux tripes et au coeur avec ses histoires (voir ma chronique sur Un homme est mort). Ecrit avec la complicité d'un ami de toujours, Eric T., Les ensembles contraires est l'histoire de cette rencontre et de cette amitié inattendues qui lie les deux scénaristes depuis leurs 17 ans.

Prévenu dès le départ, je ne crois pas que ce soit le côté "histoire vraie" qui m'est tant plu mais le découpage, la scénarisation de cette "rencontre du deuxième type" tel que le projet se nommait au départ. Un copain de copain, le ping pong et c'est les rebondissements de la vie qui commencent. Entre génèse de l'amitié, premiers souvenirs de vacances, de filles, de matchs de ping-pong au début des années 90 et débuts difficiles dans une vie d'adulte, Kris et Eric T. nous bercent entre plaisirs légers, futiles et sentiments oppressants dus le plus souvent à ceux qui nous sont le plus proches.

Une BD que je rapprocherais volontiers d'une autre, Petites éclipses, qui m'a également touchée en plein coeur. Certains pourront me reprocher le côté générationnel de mes sentiments. Au contraire, je pense que ces histoires appuient là où ça fait mal et font ressortir des émotions non pas uniquement propres à une génération d'individus mais à toute une société contemporaine sans repères, sans barrières morales et normatives dans ses relatrions à l'Autre et qui se cherche des histoires pour s'y perdre et finalement se trouver.

19.05.2008

chronique de Gabriel #14

1395636137.jpgGarden of love

Marcus Malte

Zulma - 18.50  €

9782843043895

Gros coup de coeur pour ce roman noir, sombre et torturé.

Alexandre Astrid, vieux flic mis au placard à cause de ses débordements de loi, reçoit un jour un mystérieux paquet renfermant un manuscrit. Sans prendre garde, il va se jeter dans le dernier piège tendu par son plus vieil ennemi, un tueur pervers et retors qu'il n'a jamais réussi à coincer. Au fur et à mesure de sa lecture il va se rendre compte que l'histoire est un mélange de sa propre vie avec celle schizophrénique de l'auteur et c'est une plongée dans un passé souvent glauque où le bien et le mal se confondent.

J'ai pris un très grand plaisir à lire ce livre polyphonique, il y a comme une ambivalence d'attachement et de repoussement avec les personnages. Le style est court, concis, direct et il ne laisse aucune place au répit et à l'espoir. La perversion est prégnante dans ces bouts de vie  et elle se perçoit aussi bien du bon que du mauvais côté de la loi ou de la morale. Pour finir la construction est bien huilée et on se laisse perdre corps et âme dans ce labyrinthe de voix et de mots.

27.03.2008

chronique de Gabriel #13

2028690660.gifL'Ecornifleur

Jules Renard

Gallimard / Folio classique

5€30

9782070371679

Dans ma série dépoussiérage (après Ivanhoé à la rescousse de Thackeray), je viens de découvrir (enfin, merci à Alain) un texte de Jules Renard, L'écornifleur, qui peut se traduire à peu de choses près par parasite. Si vous avez lu Bel Ami de Maupassant ça vous rappellera des souvenirs sauf qu'Henri l'anti-héros de ce roman est un loser pathétique. Empêtré dans son verbiage et ses postures d'artiste, il ne réussira à rien et s'engluera dans des situations ambigues et sans issue. Son projet, s'insinuer au coeur d'une bonne famille bourgeoise y avoir non seulement le gîte et le couvert mais surtout l'émerveillement, l'admiration pour sa situation d'hommes de lettres. Autoproclamé artiste, vaguement poète et romancier, beau parleur, il aura vite fait de s'attirer l'engouement de ses "hôtes". Après l'approche viendra le moment de partager pleinement leur vie jusque dans leur petite maison de villégiature sur la côte normande. C'est à Barfleur qu'il ruinera dans la honte et la culpabilité ses tentatives de charme du beau sexe.

Mi roman mi pièce de théâtre, L'écornifleur est un roman surprenant, qui tient beaucoup aux premières expériences de Jules Renard comme jeune homme et poète. Dans un style alerte et plein d'images rustiques, animalières, style de fabrique de l'auteur de Poil de carotte, l'ambiance de ce roman de formation est pleine d'humour et de dérision pour la naïveté, la maladresse et le manque de réussite de son "héros" autant que pour la représentation du monde de l'art et des artistes dans la bonne société. Un je ne sais quoi d'actuel.

21.02.2008

chronique de Gabriel #12

292f7f817347f8f454b1f8a02f47e1e5.gifFlowerbone

Robert Alexis

José Corti - 15€

9782714309631

 

Il est assez étrange d’entrer dans un roman, dans une histoire, du mystérieux Robert Alexis. Parce que s’il cultive le mystère entourant sa personne (on ne sait que deux trois choses qu’il a bien voulu dire à son éditeur José Corti et qu’il a écrit trois romans, dont les deux premiers ont pour titre, La robe et La véranda), les ambiances qu’il installe, les sujets qu’il aborde et les personnages qu’il met en scène sont tout autant troublants. Son écriture et son style ont un goût suranné qui peut parfois déranger mais se révèlent envoûtants à la lecture. On y décèle les senteurs et le charme désuet des grands empires, une noblesse d’âme héritée dont ne sait quelle lignée.

Après nous avoir plongés dans des atmosphères début de siècle et Mitteleuropa, Robert Alexis semble prendre un virage radical avec Flowerbone. Roman à la croisée des genres, il entraîne un cyborg réincarné dans le corps d’une femme en plein milieu des années trente à New York, dans le but de sauver V-Dee, super ordinateur qui signifie la post-humanité. Tout commence donc comme un roman d’anticipation, de SF puis au fur et à mesure des chapitres et de l’apprentissage de l’héroïne, on entre dans l’aventure, le polar, l’initiatique autant que le psychologique.

Ces étapes sont autant de jalons, de petites « histoires », de moments fondateurs pour cette « nouvelle Eve » (comme elle est présentée par l’auteur en quatrième de couverture) qui la mènera à ressentir toute la panoplie des émotions humaines (de la violence bestiale à l’amitié enfin à l’amour), à la rendre réellement humaine, jusqu’à faire jaillir d’elle un enfant.

De New York jusqu’au Kenya, de la civilisation moderne à l’Afrique sauvage et originelle, Robert Alexis nous berce de son écriture enchanteresse qui agît sur nous comme un sortilège. Une vision pessimiste, à moins que ce ne soit juste de la lucidité, de l’avenir et de l’homme mais qui sait, grâce à la littérature, nous faire garder une once d’espoir.

 

 

chronique de Gabriel #11

e0eae967f2cf6c601b6e74994a3a42b7.gifEn attendant le roi du monde

Olivier Maulin

L'Esprit de péninsules (2006)

18€ / 9782846360890

Pocket (2008)

6.30€ / 9782266167031

 

Je sais qu’il est facile et que la tentation est grande pour un libraire de reprendre une critique déjà existante uniquement parce que le roman paraît en poche. Mais quand il s’agit d’un livre que l’on a beaucoup aimé, défendu, et que la critique en plus de ça n’est pas si mauvaise, voire bonne, n’ayons pas peur des mots, il ne faut pas s’en priver. C’est comme une deuxième vie pour le livre, pour la critique et pour le conseil dudit libraire. Profitons-en pour en rajouter une couche !

Alors?...c'é5c8ab9240e0b8c50eb485f155f14e47f.giftait quoi?... 

Après avoir lu l’article paru dans le Matricule des Anges n°72, sur l’utilité des lettres d’insultes préventive pour se faire éditer, j’ai lu avec un plaisir croissant ce premier roman jubilatoire. Romain, jeune homme d’une trentaine d’années vivant à Paris, se retrouve embarqué dans l’aventure de l’émigration, bien malgré lui. Préférant ne rien faire, fumer des joints et pointer aux assedics, il part sur l’impulsion de sa copine du moment, Ana, franco-portugaise pour qui la France, c’est fini !, alors que le Portugal c’est l’avenir, l’eldorado des gens qui prennent leur courage à deux mains pour se faire une nouvelle, grande et belle vie. Epopée burlesque, quête initiatique foutraque, road-movie chamanique écrit à la façon des chroniques historiques, En attendant le roi du monde est un roman aux personnages attachants, dont le ton ironique et l’écriture coulée nous le rendent comme un bonbon acidulée qu’on ne se lasse pas de rouler sous la langue.

 

16.02.2008

chronique de Gabriel #10

16b85e5a31055a55a607c6fbad4b0610.jpgPutain d’usine

Jean-Pierre Levaray

Agone - 8€

9782748900521 

Au départ, il y a l’usine, l’expérience du travail salarié, le témoignage d’une vie « donnée » au salariat dans une usine de produits chimiques de l’agglomération rouennaise. Jean-Pierre Levaray a écrit ce récit, basé sur sa propre expérience, entre 2000 et 2001, juste avant la catastrophe d’AZF à Toulouse (site qui faisait partie, soulignons le au passage, de la même multinationale que celle dans laquelle l’auteur travaille). Texte âpre pour un constat amer et noir sur le monde de l’entreprise, de l’industrie dans laquelle les travailleurs ne sont plus que des chiffres raisonnés en termes de coûts pour ses dirigeants. La mort (accident, suicide, maladie…) rôde dans les ateliers, au détour des coursives. Les collègues tombent aussi victimes des délocalisations, des plans sociaux, de la désuétude des sites. Dans nos pays civilisés, la grosse industrie n’a vocation qu’à péricliter et l’on comprend petit à petit le malaise qui règne chez ces personnes qui, il n’y a pas si longtemps formaient un groupe conséquent voire influent. Mais au-delà de ce fait, J.P. Levaray qui n’est pas dupe de l’avenir de cette masse d’ouvriers, nous raconte les petites joies, les quelques petits bonheurs volés au travail, par de petites solidarités, des moments de calme et de convivialité comme l’apéro et, la grève, le dernier levier de pression que peuvent avoir ces hommes qui n’ont plus le courage de partir, de se choisir une autre vie.

Adapté en bande dessinée par Efix, l’esprit de ce livre s’en trouve augmenté d’un nouveau regard. Illustré en noir et blanc le récit garde son ton proche du désarroi mais sait nous faire voir ces moments de respiration, de relâchement et permet, et cela me semble le plus important d’élargir le lectorat pour se rendre compte de ce qu’il se passe dans notre société.

« Il y a longtemps que la notion d’amour du travail est devenue obsolète. Cette notion faisait référence à un travail artisanal ou en petite manufacture. Aujourd’hui, le travail est devenu trop parcellisé et il est illusoire de penser qu’on reviendra en arrière. »

bab789f10136ca5040dfe7f73405bf77.gifPutain d'usine

JP Levaray / Efix

Petit à petit

12.90€

9782849490914

 

30.01.2008

chronique de Gabriel #09

c1f4348d8c60ed42c40f436a5df1d137.jpgLe coup du sombrero

Marc Villard

L'Atalante, 8€   

9782841724215

On connaissait déjà les talents du grand Villard comme poète, écrivain de nouvelles et de polar, noceur, dragueur, danseur et voilà qu'il vient dévoiler sous nos yeux ébahis son jeu de pied et sa passion pour le football. Dans ce dernier opus, il nous emmène aussi bien sur les pelouses de son enfance du côté de Reims que sur les terrains professionnels et nous ballade avec sa vrai-fausse vie et ses héros bancals. Le tout avec une ferveur de supporter classe. Un beau coup pour le "Bourreau de Bagatelle".

22.01.2008

chronique de Gabriel #08

4fa5563022bedd662fccde379383ef0f.gifFootball, Football

Bouzard

Dargaud, 10€40

9782205060300

 

Comme l’affirmait un saint prophète de la chanson française, Enfin ! Tonton Bouzard est revenu ! Avec cette fois-ci un pot pourri de strips publiés dans So Foot ou Libé voire même des inédits sur le football. Bouzard nous réjouit avec le lyrisme qui lui est coutumier, sur un sujet qui s'avère glissant, mais toujours le ballon sous les yeux et le maillot dans la culotte. Il tacle avec tendresse mais fermeté le Milieu de la balle-au-pied, remonte le terrain, déborde une armée de défenseurs pour enfin la mettre au fond.

Hummm…c’est comme des pieds au chaud dans des charentaises crampons, une bière à la main et une bande de potes pour un bon match à la télé.

 

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