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  • Un Pays à l'Aube - chronique de Sébastien #05

    51LGnOtmG1L._SL500_AA240_.jpgUn Pays à l'Aube

    Dennis Lehane

    Rivages - 23 €

     

    Un Pays à l’aube est l’histoire de trois hommes, l’histoire d’une ville et l’histoire de la construction difficile de la société américaine des années 20.

    Trois hommes : Luther Lawrence, jeune homme noir échoué à Boston après un règlement de comptes lié au trafic de drogue, dans sa fuite il laisse derrière lui sa femme à des milliers de km ; Danny Coughlin : fils prometteur d’une famille de flics irlandais dont il fait la fierté ; et Babe Ruth, première véritable star du sport, à la fois idole jouant pour les Red Sox de Boston et homme-marchandise.

    Une ville, Boston : les destins se croisent au cœur de quartiers miséreux d’ouvriers d’immigrés italiens, irlandais ou d’Europe de l’est, de zones industrielles crasseuses, de salles enfumées et bars mal famés.

    Une Histoire : dans le Boston des années 1918-1919, sur fond de capitalisme sauvage et de terrorisme anarchiste, les idéaux communistes prennent de l’ampleur suite à l’exemple russe, les revendications sociales se font plus pressantes, les prémices d’une cause noire apparaissent.

    Dans ce climat délétère, une menace de plus se pose comme un acte ultime de rébellion, la police va se mettre en grève.

    Après un « Shutter Island » qui rompait avec la tradition bostonienne, Dennis Lehane nous fait retrouver ici le cadre de la ville du Massachusetts. Dans la description précise et documentée de ses quartiers et de ses habitants, l’auteur prouve une nouvelle fois tout l’attachement qu’il lui porte.

    Si le caractère psychologique des personnages est comme à l’habitude très fouillé chez Lehane, il cède le pas dans « Un Pays à l’Aube » à un souffle historique puissant : davantage qu’un croisement de destins individuels, c’est à la respiration bruyante et chaotique de Boston à laquelle on assiste.

    L’auteur privilégie la fresque sociale au thriller mais sans céder le moins du monde sur la noirceur du récit.

    "Un Pays à l’Aube" constitue un des sorties les plus intéressantes et consistantes de ce début d’année. Un grand roman à n’en pas douter.

  • Je mourrai pas gibier (Alfred) - chronique de Simon #46

    51UOkQpZtCL._SL500_AA240_.jpgJe mourrai pas gibier

    Alfred
    Mirages, Delcourt - 14,95 €


    Le pari était risqué : adapter le roman choc Je mourrai pas gibier de Guillaume Guéraud ne se ferait pas facilement. Pourtant, à la lecture de la bande dessinée d’Alfred, il ressort comme une évidence, sans aucun doute due au talent du dessinateur. Il faut dire que ce dernier nous avait déjà bien bluffé avec Pourquoi j’ai tué Pierre, aux éditions Delcourt, une BD où Alfred mettait en image avec une distance, un respect et une émotion intense l’histoire d’Olivier Ka. Pour le projet Je mourrai pas gibier, Alfred raconte qu’à la lecture du roman de Guillaume Guéraud, c’est un vrai choc émotionnel qu’il a reçu. On peut tout à fait le comprendre puisque pour les mêmes raisons nous lui avons attribué le Prix Sorcières dans la catégorie roman ado. Cela est très bien mais ensuite… que faire de ce roman, si percutant, si cru, si direct ? Comment l’adapter en images tout en préservant la force d’un texte sans concession ? C’est le pari que s’est fixé Alfred et on doit dire qu’il l’a admirablement relevé. L’ambiance est parfaitement retranscrite (il faut saluer ici le travail de coloriste d’Henri Meunier). L’histoire se déroule à Mortagne. Mille deux cent dix-neuf habitants et deux clans : ceux qui travaillent dans le bois (la scierie Listrac) et ceux qui sont à la vigne (le château Clément). Entre les deux groupes, une haine insurmontable, une bêtise atavique partagée, même si quelques personnages ne prennent pas parti. C’est le cas de deux des acteurs centraux de l’histoire. Il y a d’abord le narrateur, qui ne veut pas de cette vie et a choisi de partir. Il va malgré tout disjoncter et être poussé à commettre l’irréparable. Et puis il y a Terence, l’attardé gentil, trop sans doute, pas à sa place dans ce village et sur qui vont se défouler les abrutis de l’histoire… jusqu’à un point de non retour.
    À la lecture de cette bande dessinée se produisent les mêmes réactions chimiques qu’à la lecture du roman. L’adrénaline monte peu à peu, un frisson vous parcourt l’échine jusqu’à la brutale réalité, le fait divers improbable qui arrive et détruit tout. Comme l’écriture de Guillaume Guéraud est très cinématographique, elle s’adapte très bien en bande dessinée. Ici, les phrases sont courtes, les plans s’enchaînent les uns après les autres dans un souffle de plus en plus court. Le dessin au fil des pages se fait de plus en plus nerveux, plus lâché, dans un parfait accord avec la montée de tension que subit le personnage. La chute est terrifiante, même quand on la connaît et, pour cela encore, Alfred a trouvé les bonnes réponses graphiques imposées par le rythme du récit…
    Cette histoire parvient donc à nous scotcher à notre siège pour la seconde fois. Elle vous invite par ailleurs à pénétrer dans l’univers graphique d’un auteur illustrateur de grand talent.

  • La fin du monde (Fabrice Colin) - chronique de Simon #45

    9782740424346.gifLa Fin du monde

    Fabrice Colin
    Autres Mondes, Mango - 9 €

    Fabrice Colin est un touche-à-tout et cela lui va vraiment bien. Il nous donne l’impression depuis plusieurs années qu’il peut écrire à peu près tout ce qu’il veut avec le même talent. En mêlant les genres (science-fiction, aventure, fantasy, anticipation… ) et c’est incontestablement l’une de ses grandes forces : dans un genre où on a plutôt tendance (surtout en jeunesse) à écrire comme le voisin, il a su se créer une œuvre diverse et forte. De la fantasy historique (Les Enfants de la lune) au thriller terrifiant (Memory Park), de la science-fiction initiatique (Projet oXatan) à l’uchronie japonaise (Le Réveil des dieux) ou dans ses deux excellents romans miroirs que sont La Malédiction d’Old Haven et Le Maître des dragons… à chaque fois, le résultat est brillant et le lecteur se fait prendre. L’écriture de Fabrice Colin est limpide, elle est maîtrisée et entraînante.
    Dans son dernier roman, La Fin du monde, l’auteur nous propose une fois de plus une tout autre histoire. Il n’y a ici plus de rêve, plus d’humour, plus d’amour. C’est une vision éminemment pessimiste de notre destinée qui nous est présentée dans ce premier volume. La fin du monde est proche, la Terre est prête à exploser, par la faute de la folie nucléaire. Tout va peut-être disparaître. Nous sommes aujourd’hui. C’est la fin… Ce récit est raconté par quatre voix, quatre ados situés dans quatre pays différents, quatre cultures et modes de pensées différentes qui vont voir se propager ce scénario catastrophe. Rien ne semble pouvoir l’arrêter, ni nos ados ni les grands de ce monde. Le ton de Fabrice Colin est sans appel et nous rappelle le risque qui pèse sur nos têtes. L’engrenage semble inéluctable…
    Un récit sombre qui se lit d’une traite et retentit comme une sonnette d’alarme. Fabrice Colin finit d’ailleurs son récit par un ensemble de notes très intéressantes sur le sujet. Heureusement, il y aura une suite à ce texte, nommé Après. Il y aura donc un après… On respire un peu car ce texte, il faut le dire, nous laisse sans voix.

     

  • [Zêta] Le souffle du ciel - chronique de Guillaume #24

    41sxxMvMzvL._SL500_AA240_.jpg[Zêta] Le Souffle du ciel

    David Klass
    Traduction Julien Ramel
    15 – 20, Intervista - 15,90 €

    Après avoir découvert sa véritable identité ainsi que les enjeux qui y sont liés, Jack Williamson, notre jeune héros, a su déjouer dans le premier tome les plans de l’ennemi visant à l’éliminer. Cette fois-ci, cependant, ce n’est plus sa vie qui est en jeu mais celle de sa fiancée, Pee Jay, enlevée par l’Armée des Ombres. Là commence une course-poursuite jusqu’au cœur de l’Amazonie pour notre héros, toujours accompagné de son loufoque chien télépathe. Face au Roi Noir, ivre de vengeance, il va devoir tout faire pour protéger non seulement la vie de son tendre amour mais aussi la pérennité de la forêt primaire. Pour cela, il va pouvoir compter sur des renforts locaux pour le moins efficaces…

    Ce deuxième volet de La Trilogie du Gardien, mené tambour battant à l’instar du premier volume, parvient tout autant à entraîner le lecteur dans une aventure qui mêle habilement action et humour décalé tout en évoquant avec une certaine profondeur la fragilité des équilibres environnementaux.

    Suite et fin en 2009 !