09.08.2008
Chaos calme - chronique de Gabriel #19
Chaos calme
Sandro Veronesi
Grasset - 21.90 €
9782246724315
Un homme seul, attend en face de l’école de sa fille Claudia. Tous les jours, dans sa voiture, sur un banc du parc ou dans le bar le plus proche. Cet homme à la situation confortable et même enviable, vient de perdre sa femme mais pas sa raison comme ont l’air de le croire ses amis, sa famille, ses collègues. Situation anormale, situation qui ne peut être que celle d’un homme désespéré et choqué par la perte brutale de sa compagne, situation qui n’a qu’un temps. Cependant Pietro Paladini se sent bien, il ne lui semble pas qu’il souffre, sa fille non plus, cela l’inquiète au début mais il finit par l’accepter. C’est juste une idée qui germe et qui s’installe, être avec Claudia ou du moins qu’elle sache qu’il est là devant l’école toute la journée. Il délaisse le superflu et tout en faisant une sorte de bilan de son nouvel environnement quotidien, de sa vie, c’est son entourage qui va venir se confier à lui. Sous prétexte de le plaindre ou de prendre de ses nouvelles, ils viennent tour à tour vider leur sac (au sens propre même pour sa belle-sœur), faire exploser le trop plein de souffrances, de tristesses, de frustrations qu’ils n’arrivent plus à contenir.
C’est avec une vraie maîtrise d’écriture que Sandro Veronesi fait voler en éclats la normalité imposée de notre vie contemporaine. C’est dans un parc ou dans une voiture, dans un univers restreint que se dénouent les fils, les passions et les tourments d’une société bourgeoise (le roman prend place à Milan), d’un monde et d’une économie globalisée qui ne se soucie plus de ses rouages humains. Pour préciser ce dernier point, Pietro est directeur de production dans une grande entreprise qui est sous le coup d’une fusion qui affole tous les employés des dirigeants aux subalternes. Vigie d’un monde qui se délite, Pietro reste en retrait parfois même en décalage par rapport aux confidences qui lui sont faites et tout en ayant du recul, que lui procure cet après deuil étrangement serein, il n’hésite pas à se moquer de ses congénères.
Un peu farce, un peu drame, Chaos calme appuie là où ça fait mal, la futilité de notre mode de vie contemporain, nos illusions, le travail….et Sandro Veronesi le fait avec brio, en pointant l’absurdité de la vie, par un contrepoint des situations dites normales ainsi que par des ruptures de vitesse dans l’écriture. Un roman à l’image de la mer personnage central du début du roman. On y retrouve le flux, les tempêtes, ses symboles antinomiques de protection et de mort dans le style et dans la forme. En tout cas au risque de trop parler, Chaos calme est un livre à lire.
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29.01.2008
chronique de Guillaume #03
Là où vont nos pères
Shaun Tan
Long Courrier, Dargaud - 15 €
MEILLEUR ALBUM 2008 DU FESTIVAL D ANGOULEME !!!
On vous l'avait déjà dit, il y a quelques temps, alors on vous le redit : cette BD est géniale et on est tous bien contents qu'elle ait eu le premier prix du Festival d'Angoulême...
Pour fêter ça, on vous ressort la critique de Guillaume publiée dans la revue Citrouille il y a quelques mois...
Un homme part de chez lui. Il quitte tout, sa femme et son enfant pour un pays lointain. Les adieux sont durs, le voyage est long puis c’est l’arrivée dans un pays étranger, aux codes et coutumes inconnus, qui seront lentement découverts. Quelques démarches administratives, puis il faut s’installer, trouver un logement, un travail. Les rencontres sont tantôt heureuses car vouées au partage, d’autres terribles car liées à la haine. Tout se fait petit à petit, jusqu’au magnifique passage de témoin final…
Cette histoire sans texte, inclassable, à mi-chemin entre album et bande dessinée, est une petite merveille sur le thème du déracinement du migrant et sur sa lente et difficile intégration. Alternant pleines pages et juxtaposition de petites cases, Shaun Tan, auteur de l’Arbre Rouge paru à la Compagnie Créative, nous conte une histoire universelle, remplie d’émotion, recourant au fantastique pour exprimer la difficile appréhension d’un monde inconnu tout en conservant pourtant un ton extrêmement humain. Le dessin en crayonné sépia souligne parfaitement la lente évolution des choses et le côté atemporel de l’histoire.
Là où vont nos pères est une œuvre importante, largement abordable, qui mérite qu’on lui consacre un temps particulier, entier, à la hauteur de sa qualité.
Guillaume Boutreux
12:14 Publié dans bandes dessinées, chroniques de Guillaume | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : là où vont nos pères, guillaume boutreux, m'lire, mlire, librairie mlire








